Que devient le monde post Cop21 ?
La transition énergétique,
l’alliance solaire, la coopération internationale, l’amour ou le désamour pour
le 2°Celsius…On aura tout vu, tout entendu lors de la conférence au Bourget.
Ayant eu une modeste opportunité
de faire partie de l’équipe de traducteurs pour l’Inde, j’avais la possibilité
de lire une centaine de documents pendant plus d’une semaine.
Tout le monde parlait de l’Inde
et de la France comme acteurs majeurs et le Bourget devenait le centre du monde.
Mais au fond de moi, je me posais beaucoup de questions.
A vrai dire, comme le commun des
mortels, je ne m’étais pas très particulièrement intéressé aux questions liées
au climat, à part mon mémoire de master sur les sciences de la terre à
l’Université de Paris-Diderot en 2009…Et c’est en traduisant depuis le
media-centre que je me suis découvert un véritable désir de comprendre les
enjeux climatiques.
Quels sont les effets mesurables
du changement climatique ? Y a-t-il une politique climatique
efficace ? Quelle science pour le climat ? Comment les militants
verts vont-ils pouvoir convaincre les décideurs pour qu’ils mettent en œuvre
une politique cohérente ? Est-ce qu’il y a une réponse
« jugaad » pour toutes ces questions ? Probablement non.
Toutes ces questions me taraudaient
depuis un certain temps. C’est pour cette raison, il me semble très important aujourd'hui d’aborder la question de l’énergie.
N’ayant aucune expertise dans ce
domaine vaste et complexe, j’ai décidé d’approfondir le sujet.
La première chose qui m’est venue
à l’esprit c’était celle de la lumière.
La lumière qui reste très
inaccessible à une grande partie de l’Inde.
Qui dit lumière dit Energie.
Comment utilise-t-on l’énergie dans une économie émergente et
ambitieuse comme l’Inde ?
Y a-t-il des associations, des organisations qui
travailleraient sur ces sujets ? En fouillant internet, je découvre le
site de l’institut indien de l’énergie et des ressources (TERI) à New Delhi.
Lors de la COP21, j’avais très
vaguement entendu parler de cette ONG mais comme la presse française n’en
parlait pas, il m’était difficile de faire des recherches spécifiques.
Je les ai contactés et leur ai
parlé de mon intention d’entamer un échange pour mieux comprendre leur travail.
J’ai été dirigé vers M. Debajit PALIT, directeur associé de l’institut et avec
son équipe, il préparait une convention sur la lumière dans les prochains
jours.
Voici notre échange juste avant
la convention qui va avoir lieu lundi 11 avril , 2016 à India Habitat Centre.
1. Le projet « Lighting a Billion Lives - LaBL (Eclairer
la Vie d’un Milliard) » est un projet qui a commencé
il y a quelques années. Pourquoi
avez-vous entrepris ce projet ?
En
2007, l’institut de l’énergie et des ressources, le TERI,
s’est engagé dans une initiative liée à la lumière propre et abordable. Le
projet avait pour but de rendre la lumière propre accessible à un milliard d’habitants
à travers le monde.
Cette
année-là, près de 390 millions d’habitants en Inde n’avaient même pas accès à
l’électricité et se retrouvaient dans une obscurité absolue le soir.
A
l’échelle mondiale, en 2007, le nombre d’habitants n’ayant pas accès à
l’électricité était de 1,4 milliard environ.
En
fait, l’éclairage insuffisant et inadéquat n’entrave non pas seulement le
progrès et les opportunités de développement, mais impacte directement
l’environnement, la santé et la sécurité des habitants vivant dans les zones
rurales. En effet, le soir, ceux-ci sont obligés d’éclairer leurs foyers avec
des lampes à kérosène, des lampes à huile de paraffine, de la bouse de vache
séchée, etc…
Ayant identifié la
nécessité de changer la donne, d’abord en Inde rurale et fort de ce constat, le
TERI, a eu pour ambition d’offrir des solutions novatrices pour un avenir
durable, en initiant la campagne « Eclairer un million de vies ».
C’est pour cette raison, que
le TERI a signé une convention d’action en 2007, au congrès parrainé par la
fondation Clinton, le Clinton Global
Initiative, afin d’initier et offrir en utilisant des lampes solaires, des
solutions pour un éclairage propre à plus d’un million d’habitants.
En 2008, le TERI a
accentué son engagement en en faisant la promesse solennelle au travers de « Eclairer la Vie d’un Milliard
d’habitants », ceci dans le but de subvenir aux besoins des populations
qui manquaient de lumière à travers le monde.
2. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les difficultés
auxquelles vous avez dû faire face ?
A vrai dire, à cette époque,
LaBL était probablement l’une des premières initiatives portant sur la
répartition de l’énergie. Trouver un marché pour nos offres fût difficile car
cela n’existait pas.
Les communautés visées
étaient très hésitantes par rapport aux solutions proposées car nous ne
pouvions qu’offrir de simples lanternes solaires. La qualité, la durabilité et
l’efficacité de ces lanternes laissaient à désirer, car elles étaient de très
basse qualité : A l’époque, en Inde, les ampoules LED n’offrant toujours
pas, une solution adaptée à l’énergie solaire.
En revanche, à travers
plusieurs programmes gouvernementaux, les lanternes solaires furent réparties sur
un modèle de propriété individuelle où celles-ci, (principalement, des lampes
fluorescentes compactes LFC), couplées d’un module photovoltaïque, étaient
directement distribuées chez les bénéficiaires avec un prix subventionné.
Le fait qu’il y ait très peu
de marché pour ce genre d’initiative, allié à un pouvoir d’achat bas pour les
communautés visées, a conduit à repenser le prix par rapport à un modèle de
service. Il s’agissait de proportionner et d’ajuster le processus de
répartition des lanternes solaires du projet LaBL.
Ainsi, nous avons créé
des stations de recharge, gérées par des entrepreneurs locaux dans les villages.
Les utilisateurs pouvaient
louer des lanternes contre un faible montant de location.
Cela s’est traduit par une
offre de location au choix : Par jour, par semaine ou par mois et le
non-achat du produit. Les personnes étaient donc libres de choisir.
Au début on organisait des
séances de présentations et ensuite, après avoir eu des retours positifs, nous
avons commencé à mettre en œuvre de manière programmée, une politique de
répartition.
Initialement, on a dû faire
face à de nombreux challenges et il y en a certains que je peux même vous
citer…Comme par exemple : La communauté visée, la problématisation de
l’idée, les processus de mise en œuvre, la durabilité, l’accès, le financement
et la commercialisation…
3. Lorsque vous misez sur une politique de
promotion des éclairages LED à grande échelle, pensez-vous promouvoir aussi
l’usage de l’énergie propre ?
Je vais
dire plutôt oui car en principe le projet LaBL est un programme qui est basé
sur la neutralité technologique.
Notre
politique, c’est de mettre en place une technologie propre ou une technologie
qui serait moins gourmande en carbone, pour que l’on puisse élargir l’accès à
l’électricité. Nous soutenons le développement et le déploiement de toutes
formes de solution offertes par l’énergie propre.
4. Lors de vos dernières interventions
publiques, on a pu constater que vous accordez une grande importance à la
création d’un système de « subvention partagée », une sorte de
collaboration entre l’Etat et les banques afin de financer directement les
institutions pour garantir un service en continu.
Depuis 2013, vous en êtes où ?
Est-ce que les banques en sont convaincues ? Qui en sont les
bénéficiaires ?
Pour
démarrer le projet LaBL, nous avons seulement eu les soutiens d’entreprises, du
ministère des énergies nouvelles et renouvelables indien et d’institutions
comme la banque asiatique de développement.
Par la
suite, nous nous sommes basés principalement sur un modèle alignant
l’allocation, le fond propre et la dette. En utilisant ce modèle, nous avons
essayé d’obtenir une participation financière (comme fond propre) de la part
des habitants vivant dans les zones rurales, nous avons essayé d’aider les
entrepreneurs en énergie à obtenir des aides financières (dettes) offertes par
des institutions financières locales et nous avons créé un équilibre à l’aide
des allocations obtenues grâce aux programmes de responsabilité sociale
d’entreprises, aux subventions du gouvernement etc.
Même si
les institutions financières étaient très réticentes au début et ne voulaient
pas soutenir notre initiative perçue comme risquée (à cause de nombreux
préjugés liés à la technologie et à la durabilité), la plupart d’entre elles
ont commencé à apporter de petites aides aux entrepreneurs locaux au fur et à
mesure que l’initiative progressait. Ainsi, les banques, elles-aussi, furent
rassurées de voir une organisation comme le TERI soutenir et promouvoir une
telle initiative.
5.Avez-vous avez “pitché” cette initiative lors de la COP21?
Comment a-t-on réagi ?
Oui,
nous avons essayé de lancer cette idée de LaBL pendant la Cop21 à Paris et même
dans les Cops précédentes. En général nous essayons d’informer les gens en
distribuant des brochures, des flyers pendant les Cops et ceux qui
s’intéressent à notre programme nous contactent par la suite. Dans la plupart des
cas, nous avons eu des réponses fortement positives.
6. Vous souhaitez rendre l’énergie accessible à tous et étudiez
l’importance de la planification des politiques pour l’énergie. Pensez-vous
qu’un jour il y aura une mise en place de ces politiques ?
Elle
n’est pas claire, cette question…
7. La conférence LaBL va être multilatérale. Quels sont les
défis à relever pour ce genre de convention ?
Le
principal challenge si je puis dire, c’est d’être en mesure de parler de tous
les aspects concernant l’accès à l’énergie et d’offrir une plateforme aux
parties prenantes pour qu’elles puissent partager leurs expériences, leurs
visions et leurs idées. Nous devrions avoir beaucoup de questions très diverses
sur l’accès à l’énergie et je sais très bien qu’une journée n’est pas
suffisante ni pour débattre intelligemment, ni pour trouver des solutions
efficaces.
8. Pouvez-vous
nous en dire un peu sur votre expérience en Afrique ? En termes de
communication y avait-il des barrières, comme les langues ? Si oui,
comment avez-vous réussi ?
Vous
savez, le projet LaBL a eu une très forte courbe d’apprentissage dans la
promotion et la mise en place des projets solaires photovoltaïques
décentralisés. Ce projet a également une trajectoire reconnue dans le
développement de technologies pour le secteur de l’éclairage solaire. C’est
pourquoi, nous avons voulu partager nos acquis et prouver l’efficacité de notre
modèle à l’étranger. D’où l’idée d’introduire ce programme dans les pays
d’Afrique.
Le Kenya
était notre première destination. Nous y avons mis en place un projet dirigé
par l’université d’Oslo en Norvège, nommé « Transitions Solaires » et
développé depuis quatre ans. En 2012, à Ikisaya, nous avons créé un centre
d’énergie solaire qui disposait d’une station de chargement pour les lanternes
solaires.
A peu
près au même moment, nous avons commencé à travailler dans un village au Sierra
Léone. En association avec l’organisation des Nations unies pour le
développement industriel (UNIDO), nous avons pu mettre en place ce projet grâce
au soutien du ministère des énergies nouvelles et renouvelables indien (dans le
cadre de la coopération entre les pays du Sud).
Et c’est
comme ça que nous avons commencé le LaBL en Afrique. Depuis, nous avons
travaillé avec beaucoup d’ONG africaines et avons soutenu de nombreux projets
liés au solaire en Ouganda, au Mozambique etc…
En ce qui concerne la
langue, parfois c’était une barrière, particulièrement dans les pays d’Afrique
francophones et lusophone.
Mais très souvent nous
travaillons avec des partenaires locaux bilingues et c’est eux qui deviennent
nos interlocuteurs.
9. Au moment où les pays comme la Chine ou la France
apportent de nouveaux projets en Afrique, quelle place occupe l’Inde chez nos
amis africains ?
Je pense
que l’Inde a une image très positive en Afrique et ce, depuis plusieurs années
grâce à notre relation historique. De plus, nous avons toujours essayé de
développer les capacités de nos partenaires africains à devenir autonomes et
mettre en œuvre des projets solaires décentralisés dans leurs pays.
Nous
n’avons jamais essayé d’imposer nos idées sur eux. En revanche, nous avons
toujours mis en relief l’importance du partage de savoir-faire, du
développement de capacité et l’apprentissage mutuel à travers l’action.
Je suis
certain que cette approche a été saluée par nos partenaires locaux en Afrique
car nous continuons de travailler ensemble.
Remerciements:
L'équipe de LaBL à l'institut TERI (The Energy and Resources Institute, Inde)
M.Debajit Palit, directeur associé, TERI, Inde
Droits photo: LaBL, TERI, Inde
Pour plus d'informations sur la convention (en anglais):
http://labl.teriin.org/
Les sites consultés:
http://www.mnre.gov.in/
http://www.teriin.org/
http://www.developpement-durable.gouv.fr/
http://www.unido.org/unido-united-nations-industrial-development-organization.html
http://www.cop21.gouv.fr/
http://www.ambinde.fr/
http://www.ambafrance-in.org/-Ambassade-de-France-a-New-Delhi-
http://eelv.fr/
